Le 20 novembre 1892, le Conseil, sur la proposition de l’un de ses membres, considérant qu’une horloge sonnante serait très commode tant pour les habitants de la commune que pour les marchands et les voyageurs qui passent journellement et en grand nombre à Roullet, est d’avis qu’il y a lieu de prendre quelques mesures pour arriver à doter la commune d’une horloge laquelle serait placée à la mairie.

Pour obtenir ce résultat sans augmenter les charges communales, l’assemblée municipale décide qu’une souscription sera ouverte en vue de l’achat de l’horloge. Lorsque la souscription sera close, le Conseil examinera s’il y a lieu de parfaire, à l’aide des ressources budgétaires, la somme nécessaire pour l’acquisition et l’installation de l’horloge.

Le 14 juin 1896, le Président du Conseil expose qu’en 1892, le Conseil municipal avait décidé d’installation d’une horloge à la Mairie. Depuis cette époque pour arriver à la réalisation du projet, une souscription a été ouverte dans la commune et l’on peut espérer de cette opération une somme d’environ 200 francs*. En outre, diverses sommes s’élevant à 1 000 francs ont été affectées à cette installation par les budgets des exercices de 1896 et 1897. Mais d’après les renseignements recueillis, ces sommes seraient insuffisantes et il faut évaluer à 2 000 francs environ la dépense qu’occasionnera l’horloge tant pour son achat et son installation que pour les travaux à faire à la mairie pour la recevoir convenablement. Il manquerait donc une somme de 800 francs que la commune pourrait se procurer à l’aide d’un emprunt contracté auprès de la Caisse des dépôts et consignations. Comme cette question de l’horloge est attendue depuis longtemps, M. le Maire est d’avis de lui donner une solution immédiate.

Après en avoir délibéré, le Conseil vote l’acquisition de l’horloge et décide d’emprunt 800 francs et autorise le maire à faire sous-traiter de gré à gré pour l’acquisition de l’horloge et ses accessoires ainsi que l’installation à la Mairie, le tout au mieux des intérêts de la commune.

Lors de la séance du 6 septembre de la même année, le Maire expose qu’il s’est adressé, après renseignements, à Monsieur GOURDIN, ingénieur mécanicien à Mayet (Sarthe) qui s’est rendu sur les lieux et avec lequel il a arrêté les bases d’un marché dans les termes suivants :

« Gourdin s’engage à fournir et à placer à la mairie de Roullet une horloge première catégorie, n°3 de son tarif, conditionné comme suit : le chassis sera horizontal, monté sur quatre pieds, toutes les roues seront en cuivre engrenant avec des pignons en acier trempé poli ; les pivots des premiers mobiles rouleront sur fonte et les autres sur cuivre dans des ponts montés à vis sur le chassis ; un moteur auxiliaire entretiendra la marche du rouage régulateur pendant le remontage du poids ; l’échappement sera à cheville avec lèvres en acier trempé, la tige du balancier sera en sapin préparé insensible aux changements de température, un mécanisme spécial permettra de mettre à l’heure minute par minute les aiguilles du cadran sans déranger la marche des rouages, toutes les pièces seront vernies au four pour éviter l’oxydation ».

Cette horloge, qui se remontera chaque semaine, sonnera les heures, la répétition des heures et les demies, sur une cloche de 42 kilogrammes fournie par M. Gourdin ; elle indiquera les heures et minutes sur un cadran de 80 centimètres de diamètre total en cuivre émaillé qui sera fourni par M. Gourdin, ainsi que tous les accessoires ci-après : rouage de minuterie et aiguilles en cuivre rouge équilibrées, renvoi d’angle en cuivre, fourchettes de dilatation, tringles conductrices des aiguilles en fer creux, équerres-bascules à pivots en acier, manchons de raccord, câbles métalliques en fil de fer galvanisé, poulies en fonte avec axes en acier, et chappe mobile, fils de tirage du marteau, batterie de marteau, ressort en acier, armature pour supporter la cloche, poids en fonte par rondelles montés sur boulons en fer, pitons à boucles, vis à tête carrée, esses et une bouteille d’huile spéciale pour horloges.

Le prix total de ladite horloge, y compris l’emballage, les frais de chemin de fer et d’hôtel et journées d’un ouvrier spécial pour la mise en place est de neuf cent quatre-vingt-douze francs, qui seront payés à M. Gourdin ainsi qu’il suit : la moitié un pois après l’installation et le reste dans le courant de l’année. Passé ce délai, il sera tenu compte à M. Gourdin des intérêts à quatre pour cent de la somme restant due.

Gourdin garantit la marche régulière de ladite horloge pendant dix années sauf la rupture des câbles, des poids et fils de tirage du marteau, le manque d’entretien et cas de force majeure.

Tous les travaux d’appropriation, fronton pour le cadran, campanile, maçonnerie, serrurerie, charpenterie, meuble pour renfermer l’horloge, transport et enregistrement du marché sont à la charge de la commune.

Le présent marché ne sera définitif qu’après l’approbation préfectorale.

Que d’autre part, Monsieur le Maire a chargé M. Louis Martin, architecte à Angoulême, d’établir les plans et devis des travaux à faire à la Mairie pour l’installation de l’horloge ; M. Martin s’est acquitté de sa mission et a dressé les plans et devis du fronton et du campanile à édifier, lesquels plans et devis, datés du 4 septembre présent mois sont placés sous les yeux de Messieurs les membres du Conseil. La dépense prévue, y compris cent sept francs cinquante centimes, honoraire de l’architecte s’élève à onze cent quatre-vingt-deux francs cinquante-huit centimes. Il convient d’ajouter une somme de 80 francs pour l’armoire en bois pour renfermer le mécanisme de l’horloge et quarante francs de frais administratifs. Le coût total du projet représente une dépense de 2 294, 58 francs. Il est constaté une insuffisance de 1047,85 francs. Pour faire face à l’insuffisance des ressources, le conseil décide que l’emprunt de 800 francs voté par la délibation du 14 juin 1896, sera augmentée de 200 francs et porté ainsi au chiffre de mille francs, laquelle somme, ajoutée à celles déjà affectées à l’installation de l’horloge communale, permettra de faire face à toutes les dépenses que cette installation occasionne. M. le Maire est ainsi autorisé à emprunter soit à la Caisse des Dépôts et Consignations soit à toutes autres caisses ou établissements publics ou à tous particuliers, une somme de 1000 francs à un taux d’intérêt qui ne pourra dépasser quatre pour cent par an, et aux conditions des établissements auxquels Monsieur le maire s’adressera ; laquelle somme sera remboursée par annuités de deux cents francs, dont la première sera effectuée à la fin de 1897. C’est ainsi que depuis cette époque, le campanile surplombe la mairie.

En 1983, à la suite de la remise en état des mouvements de l’horloge, il s’évère qu’il est indispensable et urgent de remplacer le cadran de l’horloge. La société Pilon, horloger industriel (d’où le nom sur le cadran de l’horloge) effectuera les travaux pour une somme de 3 735,90 francs. L’horloge électronique a été mise en place en juin 2011 pour se substituer à l’horloge mécanique.

Une restauration complète a été nécessaire en 2024 pour un montant de 78000 euros.

 

*45 citoyens ont participé à la souscription dont les 3 principaux sont MM. Laroche-Joubert, Député ; Auburtin, Conseiller municipal, aux Bergerons et Mesnard, Maire, au bourg. Le montant total de la souscription s’élèvera finalement à la somme de 302,75 francs.

 

La dynastie Gourdin naît au début du 18ème siècle à Verneil-le-Chétif dans les Vaux-du-Loir. 1932 sonne le glas de l’entreprise. Le 9 juillet de cette même année la société Lussault frères, installée à Tiffauges en Vendée, spécialisée dans le domaine horloger, rachète l’entreprise Gourdin. Une page d’histoire du patrimoine local et industriel se tourne. C’est la fin d’une grande époque et de la dynastie Gourdin.

La Société Pilon et Fils, membre du GIHEC regroupant 30 campanistes en France, est un campaniste reconnu par de nombreuses collectivités locales. Présent depuis 2 générations pour installer et entretenir les horloges d’édifices et les cloches de toutes les églises en France.

Louis Martin. Élève de première classe à l’école des Beaux-Arts, architecte des monuments historiques de la Charente. Il construit entre autres un hôtel à Jarnac, agrandit la banque de la Société générale à Cognac, restaure le château de Charias (Charente) et diverses églises sous la conduite de Ballu et Baudot. Il est désigné surveillant local des travaux des édifices diocésains d’Angoulême par arrêté du 10 août 1897 en remplacement de Warin, démissionnaire. On lui doit également la Caisse d’Epargne d’Angoulême et il semblerait qu’on lui devrait les plans de la maison alsacienne à Saint-Cybard.